Comment protéger le cœur par l’alimentation fonctionnelle ?

Certains aliments affectent l’ADN et peuvent donc protéger le cœur. L’importance des “aliments fonctionnels” a maintenant été mise en évidence dans une revue de la littérature.

Vous êtes ce que vous mangez, aujourd’hui, on sait que la façon dont on mange n’influence pas seulement le bien-être actuel, l’alimentation peut même affecter les générations futures.

Ces dernières années, le soi-disant épigénome est devenu de plus en plus le centre d’intérêt de la science. Il s’agit de modifications chimiques apportées à l’ensemble du matériel génétique d’un être vivant (à la structure de l’ADN et de la chromatine), qui ont un effet direct sur la régulation des gènes et peuvent également être transmises aux générations futures. L’ARN dit non codant est également compté parmi l’épigénome. L’épigénome peut être influencé par des facteurs internes (intrinsèques), mais aussi par des facteurs externes (extrinsèques), et c’est là que la nutrition entre en jeu.

En effet, la consommation de certains composants alimentaires, appelés aliments fonctionnels, peut influencer l’activité des enzymes qui modifient l’ADN. Ces modifications de l’ADN peuvent à leur tour affecter le développement et la progression d’un large éventail de maladies cardiovasculaires, notamment l’hypertension, la MAP, les maladies coronariennes, les accidents vasculaires cérébraux et l’insuffisance cardiaque.

Les aliments peuvent donc avoir un effet cardioprotecteur par le biais d’effets épigénétiques. Voici un bilan de ces effets et de leur fonctionnement.

Les noix

Des études ont montré que la consommation régulière de noix améliore la fonction des vaisseaux sanguins (fonction endothéliale), a un effet positif sur les lipides sanguins (le profil lipidique) et les niveaux d’inflammation (marqueurs d’inflammation) et est associée à une diminution de la mortalité cardiovasculaire. Les ingrédients bioactifs des noix comprennent l’acide linolénique (ALA), les fibres alimentaires, les phytostérols, les acides gras monoinsaturés, la vitamine E, le sélénium et la L-arginine. Des études suggèrent que certains de ces ingrédients ont des effets cardiovasculaires en modifiant le schéma de méthylation de certains segments d’ADN.

La fixation des groupes méthyle à la base nucléique cytosine ou leur élimination est un mécanisme important dans l’organisme par lequel l’activité des gènes est régulée. La méthylation des segments d’ADN entraîne la suppression de l’expression des gènes qui s’y trouvent.

Les céréales complètes ou les fibres alimentaires

Les produits à base de céréales complètes sont généralement considérés comme sains, bien que toutes les céréales ne puissent pas être certifiées comme ayant des effets cardiovasculaires. Il a été démontré que les graines de lin font baisser la pression artérielle et le taux de cholestérol, ont des effets vasodilatateurs et anti-inflammatoires. Les bêta-glucanes contenus principalement dans l’avoine et l’orge auraient un effet hypocholestérolémiant et hypoglycémiant en fonction de leur poids moléculaire, et ces effets positifs semblent être en partie basés sur des modifications épigénétiques.

Les bêta-glucanes contenus dans les céréales complètes sont convertis par les bactéries intestinales en propionate d’acide gras à chaîne courte. Le propionate inhibe à son tour l’histone désacétylase (HDAC). Cette enzyme élimine les groupes acétyle des résidus des histones côté lysine. Les histones sont des protéines spéciales qui sont essentielles pour l’emballage de l’ADN et par lesquelles l’activité des gènes peut être régulée. L’acétylation de ces protéines entraîne généralement un relâchement de la structure de la chromatine, ce qui augmente l’expression des gènes. L’élimination des groupes acétyle a l’effet inverse, c’est-à-dire la suppression de l’activité des gènes.

Les poissons

L’effet cardioprotecteur des poissons semble également s’expliquer en partie par l’influence de la structure de l’ADN (plus précisément : par la modification de la méthylation de certains segments d’ADN). Cependant, la recherche dans ce domaine n’en est qu’à ses débuts, soulignent les auteurs. Parmi les ingrédients bioactifs du poisson figurent notamment les deux acides gras oméga-3 que sont l’acide eicosapentaénoïque (EPA) et l’acide docosahexaénoïque (DHA). Pour obtenir un effet correspondant, il faut cependant manger beaucoup de poisson (40 à 60 g/jour ou 2 à 4 portions/semaine).

Les fruits et légumes et l’huile d’olive

Le fait que la consommation de fruits et légumes favorise la santé cardiaque est généralement accepté, du moins depuis les résultats de l’étude PURE. Les flavonoïdes, l’acide folique, les fibres et les minéraux contenus dans les légumes à feuilles vertes influencent le tonus vasculaire, préviennent l’oxydation des LDL et donc la formation de plaques d’athérome, abaissent la glycémie et ont des effets anticoagulants et anti-inflammatoires. Ces effets semblent également résulter d’un changement dans le schéma de méthylation des segments d’ADN concernés.

La consommation d’huile d’olive semble également avoir un effet sur l’épigénome. Les acides gras polyinsaturés (ALA) et les polyphénols qu’il contient influencent l’activité des microARN. Il s’agit de courtes sections d’ARN de 22 nucléotides au maximum, qui sont capables de supprimer l’expression de certains gènes à court et à long terme. L’huile d’olive semble pouvoir influencer positivement la pression sanguine et les niveaux de lipides.

Le vin, le cacao et autres

Les prétendus effets cardiovasculaires du vin rouge ont fait l’objet de nombreuses études. La situation des données est controversée. Certaines études suggèrent que les polyphénols contenus dans le vin rouge et la bière ont un effet cardioprotecteur en améliorant le profil lipidique, en atténuant les processus inflammatoires, en inhibant l’agrégation plaquettaire et en augmentant la sensibilité à l’insuline. Certains de ces effets peuvent probablement s’expliquer par des effets épigénétiques. Les polyphénols inhibent l’enzyme DNMT et entraînent ainsi une diminution de la méthylation des segments d’ADN contenant des gènes impliqués dans les processus d’inflammation. Ce mécanisme pourrait être celui par lequel les polyphénols exercent leur effet anti-inflammatoire.

Le cacao et le café auraient également des propriétés cardioprotectrices. Les flavanols et les flavonols contenus dans le cacao stimulent la production de monoxyde d’azote (NO) et ont donc un effet hypotenseur. La consommation de chocolat noir est associée à une réduction du risque d’infarctus et de cardiomyopathie ischémique. Cependant, le chocolat contient de nombreuses calories, c’est pourquoi une consommation accrue pourrait également avoir des effets néfastes, par exemple sur le poids et le risque de diabète, soulignent les auteurs de l’étude.

Les ingrédients bioactifs du café comprennent l’acide caféique et l’acide chlorogénique (tous deux des polyphénols) ainsi que les diterpènes, les quinidines et les lignanes. Trois à quatre tasses de café par jour sont associées à un risque cardiovasculaire plus faible, et là encore, l’épigénome semble être impliqué (diminution de la méthylation de l’ADN via les inhibiteurs de la DNMT).

Et quelle est l’utilité de ces résultats pour vous ? Les auteurs de l’étude espèrent que la connaissance des effets mécanistes de certains régimes alimentaires permettra d’adapter les interventions sur le mode de vie à l’individu, conformément à l’idée de médecine personnalisée. Mais ce n’est pas facile. Il est bien connu que les études classiques sur la nutrition ont leurs pièges, comme le soulignent également les auteurs de l’étude.

Il est difficile de savoir si les changements observés dans l’épigénome peuvent réellement être attribués à un certain régime alimentaire et quels sont les composants alimentaires responsables de cette situation. Néanmoins, Lionetti et ses collègues estiment que cela ne devrait pas les empêcher de lancer des études appropriées. Ils s’appuient sur de nouvelles méthodes de génétique moléculaire telles que le “séquençage de la prochaine génération” et les nouveaux développements de la bioinformatique.