Arrêter de fumer : une décision qui nécessite souvent un soutien psychologique

Souvent, vous ne pouvez pas rester ferme sur la décision d’arrêter de fumer. C’est parce que vous n’avez pas la bonne préparation psychologique : la volonté est peut-être grande, mais les stratégies sont faibles. Peut-être y a-t-il un manque de clarté sur les raisons de l’engagement ou un manque de conviction sur les avantages de l’arrêt du tabac. La dépendance au tabac est physique, mais aussi psychologique. On ne fume pas juste par habitude, il y a des raisons derrière cela que l’on pourrait ignorer. La cigarette, bien que nocive, offre également un état de bien-être et une forme de soulagement, bien que temporaire. Arrêter de fumer signifierait donc aussi ne plus ressentir ces bienfaits. La nicotine est une substance qui crée une forte dépendance et la quitter demande des efforts, mais dans de nombreux cas, c’est aussi un exercice intellectuel. Et pourtant, tout ne dépend pas des aspects physiologiques. Lorsqu’une personne commence à fumer, elle développe toute une série de comportements et d’attitudes qui tournent autour du tabac. Cela signifie que même l’arrêt du tabac a tout un échafaudage derrière lui. Le tabagisme peut être associé à des contextes sociaux ou à la solitude, à des périodes d’après-déjeuner, au stress, etc. Ainsi, un exercice intelligent pourrait consister à réduire, dans la mesure du possible et surtout dans les premiers jours, l’exposition à ces contextes.

Les raisons de fumer

Un psychanalyste fait une analyse intéressante des raisons pour lesquelles les gens fument et des raisons de l’intolérance au tabac, qui est si répandue aujourd’hui. Selon lui, le tabac est une sorte de nourriture spirituelle pour le fumeur. Il affirme que ce n’est pas tant le résultat du tabagisme lui-même, mais l’excitation qui en découle. Elle indique qu’un grand nombre de personnes commencent à fumer à la puberté et à l’adolescence et qu’elles le font généralement en volant des cigarettes à leurs parents ou à d’autres adultes. En ce sens, le tabagisme est une forme de transgression. Dans un sens symbolique, on vole le feu, comme Prométhée pour être comme les dieux. Chez les adolescents, cet acte équivaut à entrer dans le monde des adultes. Ce vol initial, cette entrée dans le monde des adultes, génère également un sentiment inconscient de culpabilité, qui est aujourd’hui aggravé par l’intolérance envers les fumeurs, répandue partout. Lorsque cette forme de transgression et de culpabilité est associée à une forte tension avec le monde adulte, le désir de fumer augmente et l’auto-punition aussi. C’est ainsi que la compulsion, dont il est très difficile de se débarrasser, fait son apparition.

Raisons d’arrêter de fumer

Sur le point précédent, il y a une sorte d’anxiété, de culpabilité et d’auto-punition chez le fumeur. Très souvent, tout cela prend naissance à l’adolescence, lorsque le tabac est symboliquement une déclaration d’entrée dans le monde des adultes. Si le monde des adultes est rejeté ou génère de très fortes tensions, l’habitude de fumer prend des racines plus profondes. Enfin, aussi absurde que cela puisse paraître, vous fumez pour affirmer votre identité. Et comme vous le dites, cela déclenche la culpabilité. Chez presque tous les fumeurs, il y a principalement des sentiments d’anxiété et de culpabilité, combinés au sentiment de reconfirmation qui découle du tabagisme. Quelque chose d’agréable et de gratifiant, mais en même temps autodestructeur. Les raisons d’arrêter de fumer sont aussi importantes que les raisons de consommer du tabac. Si la raison en est la censure, elle représente inconsciemment un retour au sentiment de limites imposées par les adultes pendant l’enfance. C’est pourquoi de nombreuses personnes échouent dans leur tentative d’arrêter de fumer : au plus profond d’elles-mêmes, elles le vivent comme une soumission à leur rébellion et comme un arrêt.

La préparation psychologique

On estime qu’une soixantaine de fumeurs tenteront d’arrêter de fumer à un moment donné de leur vie, mais qu’un seul y parviendra réellement. Dans la plupart des cas, cela est dû à une force inconsciente qui finit par prévaloir sur les raisons rationnelles d’arrêter de fumer. Il serait peut-être bon d’aller au-delà des stratégies à froid pour arrêter de fumer et de commencer plutôt à comprendre les conséquences du tabagisme dans votre vie personnelle. Plus précisément, il est très utile de se souvenir des premières étapes de l’acquisition de l’habitude. Dans quelles circonstances cela s’est-il produit ? Quels sentiments le tabagisme a-t-il éveillés ? Quels sentiments éveille-t-elle maintenant ? À quels moments ressentons-nous le plus le besoin de fumer ? Il est évident que la dépendance au tabac a une très forte composante physique et qu’il existe déjà de nombreuses méthodes efficaces pour la gérer de manière organique. Ce qui manque parfois, c’est la motivation pour abandonner l’habitude. Analyser ce que la cigarette représente dans notre vie pourrait nous aider à comprendre l’essence autodestructrice du vice. Et peut-être que cela pourrait aussi faire naître en nous un désir plus fort : ne plus se faire de mal.

Tabacologue ou médecin de famille ?

Lorsqu’une personne décide d’arrêter de fumer ou de faire baisser sa consommation de cigarettes, c’est au médecin généraliste, plus proche géographiquement et affectivement, vers lequel il se tourne le plus souvent. Il joue donc un rôle de premier plan. Toutefois, même si les délais de rendez-vous sont plus longs qu’en médecine de ville, quelques fumeurs choisissent d’emblée les consultations hospitalières (c’est notamment le cas pour ceux qui n’ont pas de médecin traitant attitré) ou les consultations chez le tabacologue. Alors que le tabacologue voit souvent le candidat au moment où il est a priori motivé pour arrêter de fumer, le médecin de famille aide à construire la décision d’arrêt, souvent sur une très longue période, ce qui n’est sans doute pas la phase la plus facile.  Enfin, dans une consultation dédiée aux problèmes de tabac, le premier entretien prend en moyenne 45 minutes. Le médecin généraliste, en revanche, est censé s’occuper de tout (addiction au tabac y compris) dans le court créneau de consultation qui lui est imparti.

La première consultation en tabacologie

La première consultation en tabacologie est cruciale. Elle permet de dresser l’histoire du tabagisme : quand le fumeur a-t-il commencé, son intoxication progressive, les tentatives d’arrêt, les rechutes, les circonstances favorisantes, etc. Tout est soigneusement inventorié. Ensuite, vient la phase des tests :  le test de Fagerström permet de faire le point sur sa dépendance physique en six questions, et  le test de Horn permet d’identifier les facteurs qui poussent à fumer. Ce test est important car la cigarette est associée à des moments, des sensations particuliers tels que le plaisir, la détente, le bien-être ou, au contraire, l’anxiété, le stress, la tristesse. Il permet de décrire et de décrypter son tabagisme. Enfin, un autre examen peut être effectué en consultation de tabacologie : c’est la mesure du monoxyde de carbone ou CO dans l’air expiré. Le CO est un indicateur d’inhalation, il permet d’évaluer la façon de fumer : si l’on crapote, c’est-à-dire si l’on fume sans avaler la fumée, le CO est moins élevé que si l’on tire fortement. Par ailleurs, cet examen reflète la consommation des dernières 24 heures, ce qui est utile pour le suivi.

Les consultations de suivi

À l’issue de la première consultation, le futur ex-fumeur repart avec une ordonnance comportant des substituts nicotiniques ou, si les précédents sevrages tabagiques ont été un échec, des médicaments tels que le bupropion ou la varénicline. Si les substituts sont en vente libre, l’ordonnance permet de formaliser la décision. C’est pour le fumeur une sorte de contrat passé avec lui-même et avec le médecin. Un second rendez-vous est fixé 8 à 15 jours après la première consultation. Il permettra d’apprécier les éventuels manques ou au contraire les signes de surdosage en nicotine. Pour mettre toutes les chances de son côté et anticiper les rechutes, le futur ex-fumeur devra continuer à se rendre à ses consultations durant 3 à 6 mois, plus si nécessaire. Un carnet de suivi personnel permet de suivre ses progrès. Un jour, ces rendez-vous ne paraîtront plus nécessaire à l’ex-fumeur pour maintenir l’arrêt du tabac.  La partie est alors presque gagnée, en tout cas pour au moins un fumeur sur deux qui ne touche plus de cigarettes après un an de ce suivi.