La somatisation

Publié le : 07 décembre 202011 mins de lecture

La somatisation est un trouble fréquent et sous évalué. Elle constitue un moyen pour l’organisme de se protéger d’une souffrance psychologique. Lorsque les troubles somatoformes sont chroniques, le traitement se base sur une psychothérapie et/ou la prescription d’antidépresseurs.

Qu’est-ce que la somatisation ?

La somatisation est l’expression d’une souffrance intra-psychique ou psycho-sociale par des plaintes corporelles, celles-ci pouvant conduire à une consultation médicale. La somatisation est l’expression de le plus souvent de troubles anxieux et de l’humeur. Les médecins parlent de troubles psychosomatiques, fonctionnels, de somatisation, de troubles de conversion ou somatoformes. Selon la classification internationale des maladies (CIM-10), les troubles somatoformes sont caractérisés par des symptômes physiques associés à des demandes d’investigation médicale, persistant malgré des bilans négatifs répétés. La présence avérée d’un trouble physique authentique ne permet pas de rendre compte de la nature ni de la gravité des symptômes du patient. Le patient s’oppose à toute hypothèse psychologique pouvant expliquer ses troubles, même quand le contexte l’évoque ou qu’il existe des symptômes dépressifs ou anxieux manifestes. La somatisation est sous évaluée. Il a été estimé qu’environ 10 % de la population sur la vie entière était concernée par un problème de somatisation et que 25 % des patients en médecine générale souffraient de troubles  somatoformes. Un tiers des symptômes en médecine générale sont médicalement inexpliqués. 75 % sont améliorés ou disparaissent après une consultation médicale, mais 25 % restent chroniques. Un quart des symptômes somatiques à l’hôpital restent médicalement inexpliqués malgré de nombreuses investigations.  Les femmes et les populations précarisées sont les plus touchées.  Il existe des facteurs prédisposants à la somatisation : abus sexuels dans l’enfance, somatisation chez les parents. 

Troubles psychosomatiques 

Crises d’eczéma, lumbago à répétition, acouphènes, coliques. Les professionnels de la santé connaissent bien ces vrais faux malades qui hantent cabinets médicaux et centres d’examens, trimballant d’un spécialiste à l’autre des symptômes récurrents ou chroniques sur lesquels aucun diagnostic grave n’est jamais posé. Pour le corps médical, ces troubles orphelins d’explication sont dits psychosomatiques. Si certains commencent à les considérer comme la métabolisation de tensions émotionnelles, nombre de médecins les cantonnent encore au statut d’énigmes, voire d’état d’âme, en dépit de la souffrance des patients.

Somatisation : quels signes ?

Les troubles de somatisation se traduisent par la présence de symptômes physiques multiples, récurrents et variables. Ceux-ci concernent souvent l’appareil gastro-intestinal ou la peau. Ils peuvent aussi se révéler sous la forme de règles douleurs ou de douleurs vaginales pendant les rapports sexuels. Ces symptômes ont donné lieu à de nombreuses investigations médicales négatives.  Le syndrome douloureux somatoforme persistant se traduit lui souvent par une douleur intense et persistante, non expliquée entièrement par un problème physique ou physiologique, dans un contexte de problèmes émotionnels et/ou psychosociaux.  Les troubles de somatisation ont un retentissement familial, social et professionnel. 

Somatisation : pourquoi ?

La somatisation est le moyen mis en œuvre par l’organisme pour se protéger de trop grandes tensions psychiques. Le corps exprime à grands cris une souffrance psychique.  Différents facteurs contextuels ont été mentionnés comme possibles causes de somatisation : des antécédents traumatiques dans l’enfance, exposition dans l’enfance à des décès, divorce, maladies graves dans la famille ou douleurs chroniques chez les membres de la famille. Il a aussi été observé que les patients présentant, à l’âge adulte, un trouble somatoforme auraient eu des parents renforçant l’expression somatique chez eux au détriment de l’expression des émotions. Ces parents auraient eu eux-mêmes des comportements de somatisation.  Les personnes souffrant de dépression majeure tout comme ceux ayant des troubles anxieux ou des troubles  affectifs présentent plus de symptômes de somatisation.  La somatisation est associée à des troubles de la personnalité dans 50 à 70 % des cas : personnalité histrionique, personnalité antisociale, personnalité évitante, obsessionnelle-compulsive, dépendante, narcissique.

Somatisation : les solutions

Les troubles somatoformes chroniques peuvent être pris en charge avec des antidépresseurs. Si la personne qui somatise a conscience de son trouble elle peut suivre une psychothérapie, psychanalyse, thérapie cognitivo-comportementale, thérapie familiale. thérapies corporelles, thérapies systémiques, relaxation.

Évacuer la tension interne 

Le corps parle, ses messages récurrents se font insistants si on fait la sourde oreille. Mieux vaut l’entendre à temps afin de changer notre comportement et, si nécessaire, se faire soigner. Il existe des outils fondamentaux à portée de tous, comme la respiration, un levier extraordinaire pour faire baisser les niveaux de stress. Cinq respirations lentes et profondes peuvent abaisser de 20 à 30 % l’accélération cardiaque liée à un stress. La meilleure manière d’éviter de somatiser est d’exprimer ce que l’on ressent sans ce cela soit problématique. A chacun de trouver le biais qui lui va le mieux. Aller se promener en forêt, prendre une branche de bois et cogner sur une souche. Hurler dans la voiture vitres fermées, au milieu les embouteillages. Faire quinze longueurs de bassin à la piscine. Jeter par écrit sur une feuille de papier tout ce que vous avez sur le cœur et la détruire. En étant nommées, les émotions pénibles émergent au conscient et sont poussées vers la sortie. Au Japon, pour éviter les conflits entre employés, certaines équipes d’entreprises font imprimer la photo de celui avec lequel il y a problème, l’attachent sur un punching ball et cognent dessus. Une violence détournée de soi et de l’autre par la magie du transfert.

Hygiène de vie et plaisir 

En situation d’épuisement ou d’anxiété chronique, non seulement il faut veiller à faire le ménage dans sa vie pour être moins fatigué, mais il faut aussi reprendre les rênes de son hygiène de vie, certains comportements quotidiens favorisant la somatisation. La verbalisation ne suffit pas. Il faut agir sur le corps et l’esprit, de manière coordonnée. Pour le psychiatre, prendre soin du corps, c’est le faire fonctionner de manière harmonieuse : il est fait pour être actif mais notre époque pousse à une sédentarité qui aggrave les dysfonctionnements. Nous avons besoin d’activité physique bienveillante, la plus naturelle possible pour pouvoir reprendre confiance en soi.Il est essentiel d’installer des sensations de plaisir et de positivité par rapport au corps car les patients développent parfois une phobie de la sensation physique ou de la peur d’être malade. Cette démarche sera de préférence couplée avec une approche de régulation des émotions, relaxation, sophrologie, yoga. Sur le versant mental, on clarifiera le mécanisme de la somatisation en abordant les questions qui minent le patient via un large dispositif de thérapies. Sur certains diagnostics : dépression, trouble anxieux sévère, un traitement chimique sur suivi médical aidera à installer la thérapie. Les médicaments sont très bien maîtrisés. Certains anti-dépresseurs agissent même en antalgiques sur les douleurs chroniques – quand elles ne sont pas liées à une maladie bien sûr, car ils améliorent l’activité des neuro-transmetteurs. Un effet secondaire méconnu et bienvenu.

Quels sont les exemples de maladies psychosomatiques ?

Parmi les maladies à forte composante psychosomatique, on trouve :

– des maladies de peau : eczéma, psoriasis, éruptions de dartres, poussées d’aphtes ;
– des troubles gastro-intestinaux : ulcère de l’estomac, hors infection à Helicobacter pylori, colopathies ;
– des maladies inflammatoires dont la récurrence sous forme de poussées peut être influencée par le psychisme, stress, état dépressif, anxiété : maladie de Crohn et rectocolite hémorragique, arthrites, lupus ;
– des dysfonctionnements plus généraux : état de fatigue généralisée, troubles du sommeil.

Les maladies psychosomatiques et l’hypocondrie

L’hypocondriaque se plaint de troubles physiques et décrit des douleurs et des symptômes que l’on n’arrive pas à corroborer lors des examens biologiques ou radiographiques. En revanche, celui qui souffre d’une maladie psychosomatique présente effectivement les troubles organiques correspondants. À la différence de l’hypocondriaque, il ne se complait pas dans son état de malade, mais désire être soigné.

L’aide des approches complémentaires

C’est parce que les maladies ont une composante psychique que les médicaments agissent aussi par effet placebo. C’est aussi quand la dimension psychosomatique est majeure, que les médecines dites complémentaires comme l’homéopathie ou l’acupuncture ont la meilleure efficacité, car elles prennent en compte l’individu dans sa globalité et non pas seulement à travers ses symptômes.

La prise en charge des maladies psychosomatiques

La prise en charge d’un trouble psychosomatique doit se faire à deux niveaux. Les troubles somatiques demandent à être traités par les moyens médicamenteux adaptés. La dimension psy doit amener le médecin à prendre en compte une éventuelle anxiété, une dépression masquée. Pour autant, l’usage du terme psychosomatique suscite encore beaucoup de malentendus au cabinet médical. Trop de médecins se servent de cette expression à la place du bon vieux c’est vos nerfs que l’on assenait autrefois comme une excuse commode quand on n’arrivait pas à poser un diagnostic, à cerner un problème.

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